test antigénique biogroup

Nous sommes clairement dans une deuxième vague épidémique encore plus importante que celle de début d’année. Certes, la prise en charge médicale des patients a été grandement améliorée mais devant la pénétrance du Sars-CoV-2 dans la population, nous restons dans une situation tendue en termes de capacité de diagnostic au niveau national. Pour cette raison, les autorités ont pris la décision de développer un nouvel outil de diagnostic pour, selon eux, répondre à l’accroissement des demandes et limiter le temps de rendu des résultats. : les tests antigéniques.

Quelles sont les indications, les limites d’utilisation et les précautions à prendre avec ces nouveaux tests ? Décryptage.

Contrairement aux techniques de recherche génomique par amplification de la cible (RT-PCR), les tests antigéniques recherchent une ou plusieurs protéines du virus par l’intermédiaire d’anticorps spécifiques sans amplification. Les principaux avantages sont un temps de rendu théoriquement d’une trentaine de minutes (contrairement à plusieurs heures pour la PCR classique) sans nécessité de matériel très sophistiqué. Le principal inconvénient que l’on va développer est une sensibilité plus faible que la RT-PCR.

Un test peu sensible mais spécifique

Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’un test positif permettra de poser le diagnostic avec certitude…mais à contrario, un résultat négatif ne sera pas concluant et devra être interprété avec toute la prudence nécessaire.

En effet, les études du CNR et de l’APHP Hôpital Henri Mondor montre une sensibilité maximale (capacité à détecter les malades) d’au maximum 60%, c’est à dire qu’au mieux, le test lorsqu’il est réalisé les 4 premiers jours des symptômes,  détectera sur 10 personnes infectées par le virus seulement 6 patients. En d’autres termes, 4 patients atteints du COVID seront rendus négatifs alors qu’ils sont bien porteurs du virus.

Cette sensibilité tombe à moins de 20% chez les asymptomatiques : 8 patients sur 10 atteints du COVID auront un test négatif. On comprend dès lors que les recommandations HAS, encore actuellement, sont de réserver ces tests aux situations où il est difficile d’obtenir un test RT-PCR (test de référence car très sensible et très spécifique).

Ce manque de sensibilité pose un réel problème éthique : pratiquer un test moins fiable lorsque l’on dispose d’un test plus performant constitue une réelle perte de chance pour le patient. C’est la raison pour laquelle les recommandations de l’HAS sont claires : ces tests ne sont à pratiquer chez les symptomatiques que si l’on ne peut obtenir de RT-PCR en moins de 48h. Or, notre groupement rend les résultats depuis plusieurs mois en 24h dans 90% des cas et en moins de 48h pour tous les dossiers (même les non prioritaires).

Des performances annoncées et non contrôlées

Encore une singularité et une particularité difficile à comprendre. Les performances de sensibilité et spécificité qui servent à autoriser les tests (l’HAS demande une sensibilité supérieure à 80% et une spécificité > 99%) sont fournies par le fournisseur lui-même, sans contrôle des autorités, ni même le dossier de validation de méthode qui a permis d’obtenir ces chiffres. Dès lors, l’énorme différence constatée entre la sensibilité annoncée et celle mesurée en réel sur le terrain peut s’expliquer. En effet, dans l’étude Henri Mondor, 6 tests annoncés comme conformes ne dépassent pas les 60% de sensibilité et sont donc en réalité non-conformes.

Une fausse sécurité

La grande proportion de tests faussement négatifs risque d’avoir des conséquences importantes sur la propagation de l’épidémie. En effet, un patient contaminé par le virus et asymptomatique aura dans la plupart des cas un test antigénique négatif. Rassuré, il se relâchera sur les gestes barrières et notamment le port du masque lors des réunions de famille par exemple. Le phénomène risque d’être de grande ampleur car des campagnes massives de dépistage par tests antigéniques sont programmées avant les fêtes de fin d’année, comme par exemple en région Auvergne Rhône-Alpes qui souhaite tester 8 millions de personnes. Combien de personnes contaminées par le virus seront rendues faussement négatives par ces tests peu sensibles ? Sans doute des dizaine de milliers qui ne se protègeront plus et ne protègeront plus les autres, notamment leur famille durant les fêtes, en étant faussement rassurés.

Des tests manuels

La réalisation de ces tests est entièrement manuelle et donc peu compatible avec de gros volumes, de grosses cadences. Il sera difficile de faire du dépistage de masse car les besoins en ressources humaines sont colossaux. De plus, le traitement manuel est toujours source d’erreur, d’inversion de résultat, etc. Les laboratoires ont depuis les 20 dernières années, éliminés toutes manipulations manuelles car elles étaient à l’origine de 90% des erreurs de résultats. L’automatisation et les connexions informatiques ont permis d’éliminer les saisies manuelles de résultats et les inversions de tube, rendant les résultats extrêmement fiables et permettant une traçabilité totale. Comment seront gérés les rappels de lots défectueux sur ces tests manuels ? Comment seront remontés les résultats sur la plateforme centrale SI-DEP qui permet de suivre précisément l’épidémie ? Des tests automatisés sont en cours de développement, mais ils nécessiteront des automates de laboratoires. On perdra dès lors l’avantage de la rapidité de rendu des résultats.

Une spécificité à surveiller !

On s’est aperçu de problèmes de spécificité quand on est amené à devoir utiliser des écouvillons différents de ceux fournis par le fabricant avec clairement des faux positifs (échantillons négatifs en PCR). Cela peut poser des soucis en cas de rupture de stock de matériel de prélèvement en faveur d’un autre non évalué.

Pourquoi le gouvernement ne suit-il pas les recommandations scientifiques ?

Toutes les études scientifiques le montrent : les tests antigéniques vont rater des malades en proportion importante. La HAS, la Société Française de Microbiologie (étude rétrospective sur 3 000 échantillons), l’hôpital Henri Mondor (AP-HP),… tous mettent en garde contre la mauvaise utilisation de ces tests. Depuis l’arrêté du 17 novembre, les conditions de réalisation de ces tests se sont encore assouplies, en contradiction complète avec les recommandations scientifiques : désormais, tous les symptomatiques peuvent être dépistés, même les personnes fragiles (plus de 65 ans ou avec comorbidité).

La campagne de dépistage massif pour contrôler l’épidémie doit s’appuyer sur les tests les plus sensibles possibles : les tests utilisés doivent être capable de détecter les porteurs sains, les asymptomatiques qui peuvent transmettre la maladie sans le savoir. Or, les tests antigéniques ne disposent pas de la sensibilité nécessaire pour remplir correctement cette tâche. Sont-ils pour autant inutiles ? Non. Ils ont un réel intérêt, comme l’indique les recommandations de l’HAS, lorsqu’il est difficile d’avoir un test RT-PCR rapidement. On peut également imaginer l’intérêt de ces tests rapides dans des situations ponctuelles où la rapidité de rendu surpasse le manque de sensibilité. Par exemple, un patient qui doit intégrer un EHPAD et qui présente de la fièvre : un test antigénique permettra de savoir tout de suite si le patient doit être mis à l’isolement. Idem pour un patient admis aux urgences : la réponse rapide permettra d’orienter le patient de façon plus efficace.
A contrario, leur mauvaise utilisation conduit à faussement rassurer des patients porteurs du virus qui pourraient ne plus respecter les gestes barrières se croyant négatifs.
Nous demandons donc que les résultats des tests antigéniques soient clairement accompagnés d’une interprétation qui tient compte de leur faible sensibilité : tout résultat négatif ne doit pas être rendu « négatif » car il peut induire le patient en erreur.

Test positif

Vous êtes contaminé par le virus avec une charge virale significative : vous êtes contagieux.
Dans cette situation, le test est fiable : il n’est pas nécessaire de le contrôler.
Vous devez dès lors vous déclarer auprès de votre médecin pour que le contact tracing s’opère.

Test négatif

Un test négatif ne permet pas d’exclure le fait que vous soyez contaminés actuellement par le Sars-Cov-2.
Vous devez continuer à vous protéger et à protéger les autres en respectant les gestes barrières.
En cas de symptômes évocateurs, vous devez pratiquer un test RT-PCR plus sensible.