BIOLOGIE DE LA ROUTINE

Cadmium et alimentation : risques, aliments à risque et conseils

— 16 juin 2026

Le cadmium est un contaminant métallique toxique naturellement présent dans l’environnement, dont l’exposition touche l’ensemble de la population française, principalement par le biais de l’alimentation et du tabac [1]. Parmi les aliments les plus concernés, on retrouve les céréales et produits céréaliers, les pommes de terre, les légumes, les coquillages, les crustacés, les abats, ainsi que le chocolat noir, dont la teneur en cadmium est liée à la capacité du cacaoyer à absorber ce métal présent dans les sols. Une exposition prolongée peut entraîner des effets sur les reins et les os, même si elle reste souvent silencieuse et ne traduit pas automatiquement une atteinte d’organe. Dans ce contexte, la biologie médicale permet d’objectiver l’imprégnation, c’est-à-dire la quantité de cadmium accumulée dans l’organisme, afin d’orienter une prise en charge adaptée. Cet article vous présente en détail les sources alimentaires du cadmium, ses effets sur la santé, ainsi que les conseils pratiques pour réduire votre exposition au quotidien.

Qu’est-ce que le cadmium ?

Un métal lourd présent dans l’environnement

À l’état naturel, le cadmium est présent en faible concentration dans les sols, les roches et les eaux. Mais ce sont les activités humaines qui ont significativement augmenté sa dispersion dans l’environnement : incinération des déchets, utilisation d’engrais minéraux phosphatés en agriculture, combustion du charbon, ou encore certaines activités métallurgiques.

Ces sources industrielles et agricoles contribuent à la contamination des sols agricoles, point de départ d’un transfert progressif vers la chaîne alimentaire. L’Anses et Santé publique France ont documenté ces phénomènes et soulignent la nécessité d’une vigilance accrue en France. Les données de biosurveillance issues de l’étude Esteban (2014-2016) montrent ainsi que les niveaux d’imprégnation des adultes en France dépassaient ceux mesurés quelques années plus tôt, et ceux rapportés dans plusieurs pays européens et nord-américains [3].

Le cadmium ne se voit pas, ne s’odore pas et ne modifie pas le goût des aliments. C’est précisément ce caractère silencieux qui rend la surveillance biologique utile pour évaluer les niveaux d’exposition réels. Il est important de distinguer trois notions : l’exposition (le contact avec le cadmium, notamment via l’alimentation ou le tabac), l’imprégnation (la quantité accumulée dans l’organisme) et les effets sanitaires (les conséquences possibles sur la santé). Ces notions ne se recouvrent pas : une exposition ne se traduit pas automatiquement par une atteinte d’organe.

Pourquoi le cadmium s’accumule-t-il dans l’organisme ?

Contrairement à d'autres substances, le cadmium est absorbé par voie orale puis se fixe durablement dans les tissus, en particulier dans les reins et le foie. L'organisme l'élimine très lentement : sa demi-vie biologique est particulièrement longue, ce qui explique l'accumulation progressive au fil des années. 

Ce phénomène s'explique en partie par l'absorption intestinale du cadmium. La HAS rappelle que des carences en fer, en calcium ou en zinc peuvent favoriser cette absorption digestive [4]. Lorsque ces déficits existent, l'intestin absorbe davantage de cadmium, accélérant son accumulation. 

La consommation de tabac constitue une autre voie d'entrée directe dans l'organisme, en plus de l'alimentation. Les fumeurs présentent ainsi une imprégnation significativement plus élevée que les non-fumeurs, tout comme les personnes exposées au tabagisme passif. 

Pourquoi retrouve-t-on du cadmium dans l’alimentation ?

Le rôle des sols contaminés et des engrais

Les engrais phosphatés, largement utilisés en agriculture comme matières fertilisantes, contiennent des traces de cadmium. Épandus sur les terres agricoles, ils contribuent à enrichir progressivement les sols en ce métal, même lorsque les quantités appliquées semblent faibles à court terme.

Le cadmium présent dans le sol est ensuite capté par les racines des plantes, qui l'intègrent dans leurs tissus. Cette absorption varie selon les espèces végétales : le cacaoyer, par exemple, est particulièrement efficace pour le concentrer.

La teneur maximale en cadmium dans les engrais fait l'objet de recommandations réglementaires en Europe, mais les sols déjà contaminés par des décennies d'activité industrielle ou agricole continuent de représenter un risque pour la santé à long terme. 

Le passage du cadmium dans la chaîne alimentaire

Une fois présent dans les sols, le cadmium remonte progressivement dans nos assiettes : les plantes l'absorbent par leurs racines, puis le concentrent dans leurs tissus comestibles. L'Anses identifie plusieurs groupes alimentaires comme principaux vecteurs d'exposition pour la population française : 

  • Céréales et produits dérivés 
  • Pommes de terre et légumes 
  • Coquillages, crustacés et abats 

À noter que les fruits de mer et les légumineuses peuvent également contribuer aux apports de cadmium selon les habitudes alimentaires et les sources d'approvisionnement. 

Ce transfert s'opère quel que soit le mode de production : même en agriculture biologique, les teneurs dans les aliments dépendent avant tout de la qualité des sols, comme le rappelle explicitement l'Anses. 

Quels aliments contiennent le plus de cadmium ?

Céréales, pâtes, pain et pommes de terre

Si les céréales et les produits céréaliers figurent parmi les principaux contributeurs à l'exposition au cadmium en population générale, ce n'est pas parce que leur teneur est particulièrement élevée, mais parce qu'ils occupent une part croissante de nos assiettes au quotidien. Le pain, les pâtes et les pommes de terre suivent la même logique : leur consommation répétée et massive fait mécaniquement augmenter les apports cumulés. 

L'Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses) le souligne dans ses études sur l'alimentation totale EAT2 et EAT3, réalisées en France : c'est le volume consommé, et non la teneur unitaire, qui explique leur poids dans l'exposition globale [2]. Cela vaut aussi pour les biscuits sucrés et salés, les viennoiseries et les céréales du petit-déjeuner, souvent oubliés mais consommés quotidiennement. 

Ce constat ne justifie pas pour autant de les supprimer de votre alimentation. La dose journalière tolérable reste un repère utile : varier les sources alimentaires suffit dans la plupart des cas à maintenir l'exposition en dessous des valeurs toxicologiques de référence.

Chocolat, coquillages et abats

Le chocolat noir mérite une attention particulière : le cacaoyer est l'une des plantes les plus efficaces pour absorber le cadmium présent dans les sols (le cacao en provenance d'Amérique du Sud a une teneur en cadmium plus élevée que le cacao provenant d'Afrique du fait des engrais utilisés). Plus un chocolat contient de cacao, plus sa teneur en cadmium tend à être élevée. Les chocolats au lait, dilués en cacao, en présentent des quantités nettement plus faibles. 

Les coquillages, crustacés et abats constituent une autre source à surveiller, notamment chez les grands consommateurs. Ces aliments ont la capacité de concentrer les contaminants métalliques, dont le cadmium, issus de leur environnement ou de leur alimentation. De même, certaines graines oléagineuses — graine de lin, tournesol, sésame — peuvent présenter des teneurs élevées en cadmium selon les sols de production. 

L'origine géographique du produit joue un rôle déterminant dans les teneurs réelles. Une consommation occasionnelle ne présente pas de risque particulier : c'est la répétition des apports qui peut faire augmenter l'imprégnation au fil du temps.

Les aliments pauvres en cadmium à privilégier

Face aux sources identifiées, des actions simples permettent d'orienter vos choix alimentaires sans bouleverser vos habitudes. Les légumineuses — lentilles, pois chiches, haricots secs — présentent des teneurs généralement faibles en cadmium et constituent une excellente base pour diversifier vos repas tout en apportant protéines et fibres. 

Les fruits et légumes à feuilles cultivés sur des sols peu contaminés, les œufs et les produits laitiers figurent également parmi les options à faible imprégnation. Ces aliments permettent de construire une assiette équilibrée en limitant les effets néfastes d'une exposition répétée. 

L'idée n'est pas d'exclure, mais de mesurer la place accordée à chaque groupe alimentaire. Varier les protéines animales et végétales reste la mesure la plus efficace pour diluer naturellement les apports en métaux lourds sur le long terme. 

Quels sont les effets du cadmium sur la santé ?

Atteintes rénales et risque de cancer

Le rein est l'organe le plus sensible au cadmium. Une exposition prolongée peut provoquer une tubulopathie, c'est-à-dire une altération du fonctionnement des tubules rénaux — ces structures chargées de filtrer et de réabsorber les substances utiles à l'organisme. Cette atteinte s'installe silencieusement, sans symptôme perceptible pendant des années. 

Dans certaines situations, le dépistage biologique peut être complété par des marqueurs urinaires spécifiques, comme la RBP (protéine liant le rétinol) ou la β2-microglobuline urinaire, afin d'évaluer un éventuel retentissement rénal. Ces examens ciblés ne sont pas prescrits systématiquement, mais sur indication médicale. 

Le cadmium est par ailleurs reconnu comme cancérogène dans certains contextes d'exposition [5]. Le risque dépend de la durée et du niveau d'imprégnation, ainsi que de facteurs individuels. Une fragilité osseuse peut également s'observer en cas d'exposition ancienne et soutenue. 

Les populations les plus exposées

Tout le monde est exposé au cadmium à des degrés divers, mais certains profils méritent une vigilance renforcée selon leur classe d'âge, leur mode de vie ou leur environnement. 

Les personnes particulièrement concernées sont : 

  • Les femmes enceintes, pour qui une imprégnation élevée peut avoir des répercussions sur le développement fœtal 
  • Les enfants, chez qui l'étude Esteban de Santé publique France a mis en évidence une imprégnation mesurable à l'échelle nationale 
  • Les personnes âgées, dont les reins sont plus vulnérables aux effets d'une accumulation prolongée 
  • Les individus vivant à proximité de sols contaminés ou consommant régulièrement des produits issus de zones polluées 
  • Les personnes présentant des carences en fer, calcium ou zinc, qui favorisent une absorption intestinale accrue du cadmium (selon la HAS) 

Dans ces situations, un dosage biologique réalisé dans un laboratoire de biologie médicale permet d'objectiver l'imprégnation réelle et d'orienter la prise en charge avec votre médecin.

Comment réduire son exposition au cadmium ?

Varier son alimentation : les bons réflexes

La diversification alimentaire reste le levier le plus accessible pour limiter l'accumulation de cadmium au quotidien. L'objectif n'est pas d'éliminer des aliments entiers de votre assiette, mais de ne pas concentrer vos apports sur les mêmes sources semaine après semaine. 

En pratique, cela signifie alterner les types de céréales, varier les origines de vos produits, et ne pas consommer de façon répétée les aliments les plus contributeurs — chocolat noir, coquillages, abats — au cours d'une même période. 

L'origine géographique des produits joue également un rôle : les aliments cultivés sur des sols peu contaminés présentent des teneurs naturellement plus faibles. Lorsque vous le pouvez, renseignez-vous sur la provenance des produits que vous achetez régulièrement. 

Cette approche pragmatique, recommandée par l'Anses, permet de maintenir une exposition bien en dessous des valeurs toxicologiques de référence sans contraindre vos habitudes alimentaires. 

Tabac, pollution et autres sources à limiter

Le tabac représente la source d'exposition non alimentaire la mieux documentée : fumer une cigarette favorise le passage du cadmium dans les voies respiratoires, où son absorption est bien plus rapide que par voie digestive. Réduire ou arrêter le tabac constitue donc un levier concret et immédiat pour faire baisser votre imprégnation. 

La pollution des sols autour du lieu de vie mérite également attention. Lorsqu'une zone de résidence est identifiée comme contaminée — à proximité d'anciens sites industriels ou miniers — la HAS recommande d'adapter ses habitudes et d'envisager un dosage biologique pour objectiver l'exposition réelle [4,7].

BON A SAVOIR :

Le cadmium est reconnu comme cancérogène dans certains contextes d’exposition prolongée. Ce point doit cependant être présenté avec mesure : un dosage isolé ne permet ni de prédire un risque individuel de cancer, ni d’anticiper à lui seul une évolution future. Le risque dépend du niveau et de la durée d’exposition, de la voie d’absorption, ainsi que des caractéristiques propres à chaque personne. Un suivi médical adapté reste la meilleure réponse face à un doute.

Deux types de prélèvements permettent d'évaluer votre exposition au cadmium, et ils ne répondent pas aux mêmes questions. 

  • Le dosage urinaire est l'examen de référence pour mesurer l'imprégnation chronique: il reflète la quantité accumulée dans l'organisme sur le long terme. Le résultat est systématiquement corrigé par la créatinine urinaire, afin de tenir compte de la dilution des urines et d'obtenir une valeur fiable. 
  • Le dosage sanguin, lui, renseigne sur une exposition récente (3 à 6 mois précédents) — utile notamment en cas de suspicion d'une source d'exposition nouvelle ou ponctuelle. 

Ces dosages peuvent être réalisés au laboratoire avec ou sans ordonnance. 

Les dosages sur ordonnance sont désormais remboursés selon les conditions définies par l'HAS 2024: 

  • Dépistage des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence 
  • Surveillance des patients présentant une intoxication chronique du fait de leur lieu de résidence  

Dans tous les cas, l'interprétation ne se limite pas à un chiffre isolé. Elle s'inscrit dans un contexte clinique global : habitudes alimentaires, tabagisme, environnement.  

Les réponses à vos questions

Le cadmium s'élimine très lentement de l'organisme. Il n'existe pas, en pratique courante, de méthode simple permettant de « détoxifier » rapidement l'organisme après une exposition chronique. L'enjeu principal est avant tout de réduire les sources d'exposition : arrêter ou limiter le tabac, adapter ses habitudes alimentaires et, le cas échéant, éviter les produits issus de zones contaminées. Si une surexposition est suspectée, un dosage biologique permet d'objectiver l'imprégnation réelle et d'orienter la prise en charge avec votre médecin. 

Il n'est pas nécessaire d'« éviter » des aliments de façon systématique : l'enjeu est plutôt de ne pas en abuser de façon répétée. Les groupes à surveiller en priorité, car ils contribuent le plus à l'exposition de la population française, sont : 

  • Les céréales et produits céréaliers (pain, pâtes, biscuits, viennoiseries) — grands contributeurs du fait de leur volume de consommation [1,2] 
  • Les pommes de terre sous toutes leurs formes 
  • Les coquillages et crustacés, qui concentrent les contaminants métalliques de leur milieu 
  • Les abats (rognons, foie) consommés régulièrement 
  • Le chocolat noir à forte teneur en cacao, dont le cacaoyer absorbe efficacement le cadmium des sols 

La règle d'or reste la diversification alimentaire : varier ses sources alimentaires suffit, dans la plupart des cas, à maintenir l'exposition en dessous des valeurs toxicologiques de référence [1]. 

Pas forcément. Les aliments issus de l'agriculture biologique peuvent eux aussi contenir du cadmium, car celui-ci provient d'abord des sols et passe dans la chaîne alimentaire quel que soit le mode de production. L'Anses le rappelle explicitement : certaines matières fertilisantes autorisées en agriculture biologique peuvent également en contenir. Le label bio ne permet donc pas, à lui seul, d'éviter toute exposition au cadmium. La réduction du risque repose plutôt sur la qualité des sols, la limitation des apports contaminés et la diversification alimentaire [1]. 

Dans la vie courante, l'exposition chronique au cadmium s'accompagne rarement de symptômes spécifiques : c'est précisément ce qui en fait un risque difficile à percevoir sans bilan biologique. Une exposition prolongée peut toutefois entraîner, à terme : 

  • Une tubulopathie rénale — atteinte des tubules rénaux, silencieuse pendant des années, détectable par des marqueurs urinaires spécifiques (RBP, β2-microglobuline) 
  • Une fragilité osseuse accrue en cas d'exposition ancienne et soutenue 
  • Des effets sur la santé reproductive, sur le développement du foetus pendant la grossesse 

Ces effets dépendent du niveau et de la durée d'exposition, ainsi que des caractéristiques individuelles. En cas de doute, un dosage biologique du cadmium réalisé sur prescription médicale permet d'objectiver l'imprégnation réelle [4,5]. 

Les laboratoires Biogroup réalisent le dosage du cadmium urinaire et sanguin partout en France. Vous pouvez prendre rendez-vous en ligne ou vous présenter directement dans le laboratoire le plus proche de chez vous, avec ou sans ordonnance de votre médecin. 

Sources & Bibliographie

[1] Qu'est-ce que le cadmium et comment réduire notre exposition ? — Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) — www.anses.fr — (2023) https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-reduire-exposition 

[2] Étude de l'alimentation totale EAT2 — Anses — www.anses.fr — (2011) https://www.anses.fr/fr/content/etude-de-lalimentation-totale-eat-2-lanses-met-disposition-les-donnees-de-son-analyse 

[3] Biosurveillance de l'exposition au cadmium — Étude Esteban — Santé publique France — www.santepubliquefrance.fr — (2019) https://www.santepubliquefrance.fr/docs/enquetesetudes/impregnation-de-la-population-francaise-par-le-cadmium-programme-national-de-biosurveillance-esteban 

[4] [6] [7] Exposition au cadmium : conduite à tenir — Haute Autorité de Santé (HAS) — www.has-sante.fr — (2021) https://www.has-sante.fr/jcms/p_3367010/fr/depistage-prise-en-charge-et-suivi-des-personnes-potentiellement-surexposees-au-cadmium-du-fait-de-leur-lieu-de-residence  

[5] Effets du cadmium sur la santé — Anses — www.anses.fr — (2023)  https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-reduire-exposition#:~:text=Le%20cadmium%20est%20class%C3%A9%20comme,vessie%2C%20prostate%20et%20sein). 

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